Condamnation pour incitation à la haine raciale envers l’animatrice et humoriste Cécile Djunga

15 avril 2021
Audrey Adam

Le tribunal correctionnel de Bruxelles a prononcé une peine de 6 mois de prison dont 15 jours fermes à l’encontre de l’auteur d’un message publié en commentaire de la vidéo de Cécile Djunga du 6 septembre 2018. L’auteur du message a également été condamné du chef d’incitation à la haine ou à la violence à l’égard d’une communauté ou de leurs membres, pour avoir diffusé des idées fondées sur la supériorité ou la haine raciale et pour approbation du génocide commis par le régime Nazi pendant la seconde guerre mondiale.

Audrey Adam défendait Cécile Djunga.

La vidéo de Cécile Djunga

Cécile Djunga était, à l’époque des faits, la présentatrice de la météo de la RTBF. Dès qu’elle a été engagée à ce poste, en avril 2017, elle a fait l’objet de commentaires racistes et/ou agressifs. Ces messages lui étaient adressés via son profil Facebook ou étaient postés à titre de commentaires d’articles la concernant. Le 6 septembre 2018, Cécile Djunga a publié une vidéo dans laquelle elle fait part d’un appel qui a été donné au service météo afin de se plaindre de ce qu’elle était « trop noire ». Elle y dénonce également les nombreux messages racistes la concernant. Cette vidéo comptabilise 2,7 millions de vues.

Les réactions racistes

Si cette vidéo a provoqué un grand élan de soutien, elle a également suscité plusieurs messages et commentaires racistes. Le site democratieparticipative.bizz a évoqué une « négresse qui chiale dans une vidéo » et a qualifié Cécile Djunga de « guenon de la météo ».

Parmi les nombreux messages publiés en lien avec la vidéo de Cécile Djunga, figurait notamment celui-ci (modéré depuis) :

Je voulais vous dire à quel point le fait de voir votre salle race congoïde m’insupporte de surcroît sur une chaine publique Belge payé par nos contributions ! Vous pleurnicher du sort qui est le votre regardez vous dans un miroir vous y verrez le problème ! Vous n’êtes pas de race race Franque ! Vous n’avez rien d’une Vraie Bonne Gauloise ni même de race indo Européenne, donc n’en attendez pas le respect qui lui est du ! L’Afrique vous accueillera toujours à bras ouvert si la Belgique vous insupporte tant ! Si vous deviez subir une agression (espérons la mortel) je ne dénoncerai pas votre agresseur je le féliciterai bien bas ! La RE migration au moins elle ne vous tuera pas !! 

La plainte du 13 décembre 2018 de Cécile Djunga et de la RTBF

Alors que l’enquête avait déjà été entamée par le parquet, la RTBF et Cécile Djunga ont déposé plainte avec constitution de partie civile contre « X », le 13 décembre 2018. Cette plainte visait plus de 15 commentaires racistes.

L’instruction, qui aura duré presque deux ans, aura permis d’identifier un profil et de réunir suffisamment d’éléments permettant d’obtenir le renvoi en correctionnel d'A.V., auteur du message reproduit ci-dessus.

L’examen du profil Facebook de cet auteur a également donné lieu à l’ouverture d’un autre dossier relatif à des faits de racisme (il s’agissait essentiellement de publications datant de 2020). Cette fois il ne s’agissait plus de commentaires visant Cécile Djunga mais, de manière générale, des juifs, des africains, des musulmans, etc.

L’attitude du prévenu

A. V. a tout d’abord refusé de se rendre à la convocation de la police lorsque le dossier était encore à l’instruction. Il a indiqué aux policiers qu’il « n’avait pas envie de prendre une demi-journée pour voir leurs beaux yeux » et se demandait bien ce que la police ferait s’il ne venait pas.

Lorsque les policiers l’ont interpellé à son domicile, A. V., après avoir « constaté qu’avec les maghrébins à la Bourse les policiers étaient moins actifs », a demandé à voir un médecin « pour faire perdre du temps aux policiers ». Lors de son audition, l’avocate qui le représentait est partie en expliquant aux enquêteurs qu’elle ne supportait plus les propos du prévenu. Il a réitéré ses propos haineux et n’a exprimé aucun regret, à l’exception des fautes d’orthographe.

Lors de la première audience, A. V. a indiqué au juge qu’il regrettait de ne pas pouvoir bénéficier du même régime qu’aux États-Unis où des associations comme le Ku Klux Klan peuvent librement exister ». Il a précisé également que la Justice aurait encore à se soucier de lui car il ne s’arrêtera pas d’écrire des choses sur Internet.

A la suite de cette première audience, l’affaire a été remise et A. V. a choisi de ne plus comparaître de sorte que le jugement a été prononcée par défaut à son égard.

« Se réjouir de la mort d’une personne ou espérer que son agression soit mortelle, en raison de sa race, est une incitation à la haine et à la violence »

Selon le président de la 61e chambre correctionnelle, écrire cela revient à encourager les lecteurs à s’en prendre à la victime de ses propos et va jusqu’à les exhorter à l’agresser.

Afin d’établir la sanction, le juge a également tenu à rappeler à A. V. les limites posées à la liberté d’expression :

Il apparait nécessaire de rappeler au prévenu que si la liberté d’expression est un principe fondamental qu’il convient de réaffirmer, la tendance du ‘politiquement correct’ ne pouvant prendre le pas sur la liberté de langage, cette liberté n’est cependant pas absolue et ne peut certainement pas servir de paravent pour la délivrance de messages racistes, xénophobes, haineux ou discriminants, quel qu’ils soient et de quelque personne qu’ils émanent, qui n’ont pas leur place dans une société démocratique et multiculturelle. 

Le juge a également estimé que l’établissement de la peine prononcée devait aider le prévenu à « se rendre compte de ce qu’il risque s’il continue à agir comme il l’a fait, notamment, en incitant d’autres que lui à la haine et à la violence ou en diffusant des idées fondées sur la supériorité ou la haine raciale ».

Il n'est pas certain que le signal ait été compris par le prévenu. La condamnation de A. V. a été prononcée le 13 avril 2021. Le 22 avril 2021, il publiait sur TikTok le message suivant :

 

Le jugement du TPI francophone de Bruxelles, 61e chambre correctionnelle, du 13 avril 2021 est téléchargeable ci-dessous. Il a été publié dans la revue Auteurs & Media, 2021/2, pp. 270 à 275.

Ce que la presse en a dit :

À la RTBF :

Dans Le Soir :

Action intentée par Cécile Djunga: un racisme sans complexe devant la justice

Six mois de prison dont quinze jours ferme pour propos haineux envers Cécile Djunga